Présentation de l'album

Compositeur multi-instrumentise (piano et flûtes), David Aubaile a baigné dès l’enfance dans de multiples environnements phoniques et culturels propices à l’ouverture intellectuelle et à l’hybridation créative. Sa mère, ethnobotaniste férue de musique classique et son père, ingénieur passionné de jazz, le font grandir à Londres puis à Tolède, Espagne, entouré de la beauté séculaire du syncrétisme arabe du 11ème siècle et des chants mudéjars. Il suit à Paris des études classiques de flûte, étudie le piano et l’harmonie en autodidacte, et se forme comme juriste et au japonais ancien avant que la volonté des hasards ne le ramène à la musique…

Après avoir participé à d’innombrables projets autour du monde avec de grands artistes et musiciens, il comprend que Belleville, Bamako, Yerevan, Alger, Tôkyô, Buenos Aires, Istanbul ou Belgrade ont créé une confluence dans sa tête et sa chair, et décide que sa musique deviendra son propre métissage, sa digestion du voyage. Il entend aujourd’hui déplacer et dépasser les traditions musicales pour créer sa mélodie. Qu’importent les définitions, les à qui-à quoi, les lignes droites et les héritages directs.

Il en sort des morceaux harmoniquement simples, musiques à la fois européennes et méditerranéennes, souvent sur des rythmes impairs, dits boiteux. Des rythmes en 5, en 7, en 11 temps, loin d’un manichéisme binaire aliénant : des chiffres premiers, à l’image de la vie : simple en apparence et si pleine de méandres, où l’équilibre n’est pas toujours dans la conformité qu’on croit. La forme est jazz : le son d’un piano, d’une contrebasse et d’une batterie ; pas d’artifices, pas de synthétiseurs, une base vibratoire simple et lisible… Une des formes les plus atemporelles pour ne pas l’emporter sur le fond. Et qui d’autres que Karim Ziad, maître des tambours mondialement reconnu, et Chris Jennings, contrebassiste tout terrain, pour épauler ce projet ?

Dans un monde troublé et hésitant, cette musique à la fois sobre et complexe prend tout naturellement un sens politique, comme une ouverture et un espace où des rythmes vivent et respirent au même titre que des gens cohabitent, co-vivent. Dans un moment où on cherche à murer la vie, elle revendique le droit de faire vivre simplement des entités spatiales ensemble. La musique est espace, et quelles que soient les métriques, c’est juste l’espace de l’unité qui compte. Tout ne fait qu’un.